Littérature Anglophone

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

 

En 2015, je me suis promis de lire plus de classiques et de littérature, aussi ai-je suivi la recommandation de ma copine qui lit beaucoup de littérature asiatique et me suis plongée pour la première fois dans une oeuvre de Julie Otsuka. En finissant ce livre, je me suis demandée ce que j’allais écrire dans ma chronique. Parce que je me suis pris une claque. Une énorme claque.

Nous sommes au début du XXe siècle, et l’on a promis des maris et une vie meilleure à de jeunes japonaises qui s’embarquent dans un bateau, classées par catégorie sociale. Elles arrivent aux États-Unis pleines de rêves et découvrent que leurs maris sont vieux, alcooliques, pauvres et pas loin de la condition d’esclaves. Quel but poursuivre alors, si loin de chez elles et démunies… ? Survivre. Survivre dans un pays qui les rejettent et les montrent du doigt.

C’est un ouvrage très court, de 138 pages. Julie Otsuka écrit à la première personne du pluriel, pour englober toutes ces femmes, pour rendre justice à ces anonymes qui naviguèrent d’illusions en illusions, pour empêcher l’oubli de ce qu’elles ont vécu. On entre directement dans l’histoire, avec cette écriture, répétitive, intrusive, qui bouleverse et révolte. Ce roman nous prend et on le dévore, le ventre serré, la honte grimpant de plus en plus parce que l’on ne connaissait pas ces faits ; parce que des humains ont laissé faire de telles atrocités ; ce roman nous oblige à regarder le passé dans les yeux et on aurait presque envie d’entendre un certain gouvernement s’excuser après avoir lu ce livre, après avoir assumé.

On suit ces femmes qui, pour beaucoup d’entre elles sont des fillettes, poussées dans un mariage dans lequel elles servent de main-d’oeuvre, d’esclaves ; elles sont violées, battues, engrossées, mal nourries, pauvres et découragées. Rien est caché, tout est avoué, toutes les horreurs, toute cette vie pourrie qu’elles subissent en silence puisqu’aucune ne parle et ne parviendra à parler anglais. On les voit tenter de sauvegarder leur croyance, amener un bout du Japon dans leur vie à l’autre bout du monde, sans succès. Devenir mères d’enfants qui les renient, trimer pour un pays qui n’en a cure… Et finalement être rejetée, en tant que citoyenne, en tant qu’humaine, en tant que femme, en tant que Japonaise. Simplement de la main-d’oeuvre qui, dès qu’elle gêne, est balayée.

Et dans sa dureté, son amertume et sa souffrance, le roman demeure poétique, l’on se raccroche aux Dieux et l’on doute de soi, on est diminué au point de penser que oui, c’est bien de nous que vient le problème et pas d’eux, pas d’un racisme ignoble et assumé. On s’abandonne parce qu’espérer est plus difficile que de se conformer.

J’ai fini ce livre et en le posant, j’ai eu l’impression que l’on ne pouvait pas avoir plus honte et c’est pourquoi je l’ai adoré. Je connais très mal l’Histoire et ce livre m’a permis de découvrir un pan de celle-ci qui mérite d’être connu et que l’on s’en souvienne. Julie Otsuka possède une écriture poignante, qui dérange et qui revendique une culture riche et magnifique, qu’est la culture asiatique et j’ai été bouleversée par cette lecture. Alors, voilà, merci Anne-Lyse pour cette merveilleuse découverte.

Publicités

3 commentaires sur “Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

  1. Ce livre, j'ai hésité tout cet été à me l'acheter. Je bossais dans le rayon livre de poche d'une librairie et il avait l'air beau et émouvant. Ta chronique vient de raviver ce dilemme et même de le clore. A la fin de mes lectures déjà prévue (ou quand je voudrais faire une pause dans mes lectures de Fantasy) je lirais celui-ci !

    J'aime

Je suis une grande bavarde, si vous aimez papoter aussi, dîtes-moi ce que en avez pensé de votre côté, par ici !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s