Littérature Anglophone

Les tombeaux d’Atuan (Terremer 2) d’Ursula K. Le Guin.

 

J’avais hâte de commencer le deuxième tome, pour retrouver Ged qui est un personnage que j’adore, mais aussi pour continuer mon voyage dans cet univers mystérieux qui semble infini, et que l’auteure décrit avec une plume si douce et poétique. Ce tome prend place quelques temps après le périple de Ged à travers les îles de Terremer, on est désormais en terre des Kargades, peuple évoqué mais méconnu dans le tome 1.

Dans Les Kargades vit un peuple différent, qui ne voit la magie uniquement comme un art de sorcellerie, le mal dans les mains d’être humains, à l’écart des autres îles de Terremer ce peuple tient en horreur les sorciers d’Havnor et de Roke. Ils ont leur propre religion et leurs Rois sont également des Dieux. Un vieux culte est entretenu et toujours, à la mort de la Grande Prêtresse, on part à la recherche de sa réincarnation. Ténar est la nouvelle Grande Prétresse, elle a pour rôle d’apaiser les Innommables, des être maléfiques retenus prisonniers dans des tombeaux souterrains où la lumière y est défendue et où elle est la seule à pouvoir y entrer. Y est également dissimulé un trésor inestimable que beaucoup convoitent. Aussi lorsque Ged pénètre ce lieu sacré et lui apporte l’éclairement d’une culture différente, la foi de Ténar ne pourra qu’être remise en question.

Ce tome est encore meilleur que le précédent, même s’il y a un changement de narrateur. En effet, tout en restant avec une narration à la troisième personne, on est maintenant focalisé sur le personnage de Tenar/Arha La Dévorée, une enfant enlevée à ses parents parce qu’elle est donc « la réincarnation » d’un personnage essentiel du culte du Monde d’En-Dessous. J’ai tout de suite accroché à son personnage, l’auteure n’en fait pas quelqu’un d’exceptionnel, de lisse et d’idéal. En fait, c’est même plutôt le contraire. Elle est chérie dans le temple, placée sur un pied d’estale tout en subissant la sévérité d’une vie dédiée à la foi (entre autres : leçons, enseignements spirituels, cultes, prières et sacrifices humains ou animaux à faire elle-même alors qu’elle n’a que 14 ans). Elle est très hautaine, servant des divinités et étant le fruit d’une réincarnation, elle pense avoir transcendé sa nature humaine. Pourtant, on sent bien qu’elle est intelligente et que l’athéisme des autres jeunes filles présentes autour d’elle la pousse à philosopher, à se remettre en question

Puis survient l’arrivée de Ged, que j’ai été plus que ravie de retrouver, quelques temps ayant passé depuis ses aventures dans Le sorcier de Terremer, il est plus mâture et plus prudent, il maîtrise également mieux son pouvoir. Son arrivée dans l’histoire est un choc pour Ténar/Arha, elle qui croyait les tombeaux d’Atuan impénétrables par tout autre personne qu’elle-même. Il porte une culture différente, une foi et un rapport à la magie qu’elle craint et qui diffère du sien. Il est aussi question de racisme, puisque le peuple de Ged sont des gens de couleur et décrivent justement les Kargades comme des barbares (par leurs actes et leurs différences physiques : ils sont blancs aux yeux bleus) ; dans ce tome, le racisme est inversé vu que l’on se situe en pays Kargade et que le jugement est donc porté par eux sur les autres peuples.

Tena/Arha est, au final, ouverte d’esprit et comprend les conséquences qu’ont engendré ses actes. Ce roman a quelque chose du récit initiatique et j’ai trouvé très intéressant de la voir prendre conscience qu’il y a un monde au-delà du désert qui a toujours délimité sa vie. J’aimerais beaucoup la revoir dans L’ultime rivage, le tome qui conclut le Cycle d’Atuan et qui est le 3e tome du Cycle de Terremer (comment ça c’est compliqué ?).

Ce tome est également marqué par une écriture plus profonde, plus psychologique puisque l’on plonge avec Tenar/Arha dans son questionnement spirituel, dans ce concept de réincarnation qui est difficile à discerner à l’échelle de sa propre vie. Les descriptions des tombeaux d’Atuan, ces couloirs ténébreux où règnent des superpuissances maléfiques que Tenar/Arha doit apprendre par coeur, qu’elle arpente seule, le labyrinthe et le trésor caché font le petit bijou, la petite cerise sur le gâteau de ce livre ; d’autant plus lorsqu’elle y emmène Ged. C’est un secret qu’elle partage avec le lecteur, la beauté noire de ces paysages que l’auteure décrit avec tant de talent, de douceur et de justesse. La plume d’Ursula K. Le Guin, c’est un dépaysement et cela en soi suffit comme raison pour lire ses romans.

Ma chronique sur L’ultime rivage est disponible. Ce cycle qui se découvre très rapidement mérite d’être lu et connu ! C’est une oeuvre de fantasy au format traditionnel mais qui sait conquérir son lecteur et dont les leçons d’humanité sont très bien menées, tout cela est porté par une écriture douce, fluide, philosophique, spirituelle ; et surtout un amour de l’être humain et de ce qu’il peut créer pour peu qu’il y mette un peu du sien !

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