Jeunesse

Fille des chimères (La Marque des anges tome 1) de Laini Taylor.

Parfois, j’ai une connexion avec un livre, je sais que je vais l’aimer : ça a été le cas pour Jane Eyre de Charlotte Brontë, Les insoumis d’Alexandra Bracken et Pour un jour avec toi de Gayle Forman. Ce livre, Daughter of smoke and bone, Fille de fumée et d’os, ou Fille des chimères en français… Il était très populaire sur les chaînes booktubes Nord-Américaines. Présenté comme un ouvrage de fantasy, je ne me sentais pas de le lire en anglais. Je ne voulais pas passer à côté de l’histoire par la difficulté du niveau de lecture en anglais de ce genre -je préfère lire des romans fantastiques en anglais et pas fantasy. Du coup, à force de le voir dans ma pile à lire, j’ai fini par le sortir, vendredi soir, histoire de décompresser dans un autre monde. Le tout s’est révélé être bien plus que de la fantasy !

Karou est une adolescente de dix-sept ans, étudiante en école d’art, passionnée de dessin, jeune fille marginale aux cheveux bleus. Elle n’a pas vraiment de famille, pas vraiment de maison, juste un pied à terre à Prague. Elle partage sa vie entre les cours et des courses à faire pour des êtres sortis tout droit d’elle ne sait pas bien où… sa vie, c’est beaucoup de secrets : envers les autres et même pour elle. Elle fait des voeux qui se réalisent, elle a des tatouages sans l’avoir vraiment décidé, elle fréquente des être mythologiques, elle voyage dans le monde entier pour récupérer des dents sur des cadavres en utilisant des portes… Une seule règle : ne pas poser de question. Pourtant, un jour, elle commence à se sentir suivie, et puis les choses partent en vrille : des questions, elle en a, et maintenant, elle voudrait des réponses.

On est précipité à Prague, une ville magnifique et pourtant hostile, où évolue notre héroïne, à l’apparence originale, au prénom peu commun. Les premiers chapitres, le lecteur garde la bouche ouverte, dans notre tête, les points d’interrogations se succèdent… L’auteure ne cherche pas à être réaliste, ne cherche pas à se justifier, elle ou son imagination. Si bien que l’on se perd doucement dans cette réalité qui semble pourtant si peu réelle. Là, il y a deux choix : être intrigué et persévérer, ou être trop rationnel et lâcher l’affaire. J’avais la tête pleine de questions, et j’étais frustrée : alors j’ai continué.

Karou est un personnage que j’ai adoré suivre. Elle est marginale, mais ça lui va bien. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive, mais elle est résignée, elle s’accepte. Elle est belle, courageuse, décalée, talentueuse, ça on le voit en tant que lecteur ; tandis qu’elle se sent plutôt perdue, en manque d’amour et pourtant rêveuse. Elle a des amis différents, une petite routine bizarre, mais qu’elle aime bien quand même et peu à peu, nous aussi, on se laisse prendre au jeu. On se régale de ses dessins, de son univers loufoque, de découvrir que pour elle, il est vraiment réel : on joue le rôle de ses amis humains qui la trouvent un peu différente, tout en étant elle, c’est-à-dire en adhérant à sa version des faits.

On adhère surtout parce que c’est très bien écrit. S’il y a un mot pour décrire l’écriture de l’auteure, c’est poétique. Les descriptions sont subjuguantes. Prague devient une ville digne de la Renaissance sous la plume de Laini Taylor ; mais pas seulement. Les descriptions qu’elle fait des dessins de Karou sont époustouflantes, la représentation de marionnettistes de son amie est sublime et m’a émue aux larmes, sans même avoir le spectacle sous les yeux, juste par l’intensité de la scène et l’habileté dans l’écriture. En effet, Karou fréquente des chimères, ces êtres dont le corps est un mélange d’animaux et d’humains. L’auteure parvient à en rendre des descriptions complètes, que le lecteur peut se représenter même si très originales (pour ça, je conseille d’aller voir les illustrations qu’ont pu en faire certains lecteurs et qui sont disponibles sur tumblr) : le personnage de Sulfure, qui confie à Karou des missions, ou encore Kishmish qui est son messager. On a les yeux écarquillés, émerveillés par la folle imagination qu’a Laini Taylor, par ce monde totalement à part, que l’on a du mal à se représenter alors qu’elle l’a créée, et qu’elle nous le décrit avec tant d’aisance, de talent, de beauté, de douceur et de poésie.

Car Karou n’est que poésie. Son corps est une oeuvre d’art : peints de tatouage, traces de ses expériences et de sa vie ; son esprit est le lieu où est renfermé toute une histoire de sa nature dont elle ne prend conscience que tard. En effet, Karou ne sait pas qui elle est et c’est ce qui fait que ce roman est initiatique, on la voit partir dans une quête d’identité pleine de souffrance, de vérités insoutenables et qui la changeront peu à peu. Sa rencontre avec Akiva, son ennemi, un ange : un seraphin plus précisément, est ce qui la poussera à poser des questions, à vouloir lever le voile sur cette vie dont elle n’a pas pleinement conscience.

C’est un roman jeunesse, et j’avais peur d’en arriver à la romance. Une histoire entre une fille élevée par des chimères présentées plutôt comme des êtres du mal et un ange qui porterait le bien… Je craignais le gros cliché bien senti de l’histoire d’amour impossible et absolument mielleuse. Et au début, ça a été le cas… Pourtant, ça change vite de ton. Il y a bel et bien une histoire d’amour… Et impossible. Mais derrière elle explique toute l’histoire de leurs deux races et leurs secrets. En fait, le livre se découpe en deux parties. Lorsque Karou découvre qui elle est, c’est comme si un nouveau livre commençait, d’un ouvrage fantastique un peu fantasy, on passe à une histoire mythologique, qui croise l’épopée et la tragédie avec la genèse d’un peuple, ses coutumes, une guerre légendaire et intemporelle et une histoire d’amour essentielle et dévastatrice basée sur une rébellion sanglante. J’insiste sanglante. C’est un roman jeunesse, mais le lecteur n’est pas du tout épargné. C’est parfois vraiment dur, évoquant des thèmes ou des faits sans pudeur, réserve ou euphémisme. C’est une guerre et en tant que telle des horreurs sont perpétrées et encouragées.

Au final, ce livre n’a pas de genre ni de code. Il mêle tous les registres littéraires et fait le pont entre la littérature jeunesse et adulte en posant des questions importantes : la rupture entre le monde de l’enfance et les premiers pas dans celui des adultes, les idéologies et comment elles mènent aux guerres, la condition de la femme dans la société… Tout autant de mixité qui en fait une oeuvre riche, complexe, complètement unique et une écriture poétique, douce avec un talent tout particulier pour les descriptions.

J’ai adoré ce roman et je n’ai jamais rien lu de tel. Laini Taylor a une imagination débordante, si éloignée de notre monde et pourtant si belle, riche et complexe. J’ai hâte de me plonger dans la lecture du second tome, surtout après la fin de ce premier tome, relativement dure, triste et pleine de possibles !

Publicités

Un commentaire sur “Fille des chimères (La Marque des anges tome 1) de Laini Taylor.

Je suis une grande bavarde, si vous aimez papoter aussi, dîtes-moi ce que en avez pensé de votre côté, par ici !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s