Coups de coeur !·Littérature Anglophone

Le treizième conte de Diane Setterfield.

 

“Of course I loved books more than people.”
Diane Setterfield, The Thirteenth Tale

Ah ! Ce livre… La première fois qu’on m’en a parlé, c’était en cours de littérature anglophone et je comptais bien me le procurer ! Puis, j’ai lu cette chronique et je l’ai acheté illico presto ! Référence à Jane Eyre , je veux dire : j’étais obligée de craquer. Je l’ai fini hier soir, dans la nuit, et je suis restée bien bête. Ce livre, c’est une gifle. Pour moi, c’est clair qu’il va être très souvent relu, décortiqué, corné et abîmé parce que j’ai trop adoré pour le laisser dans une paisible retraite.

Il est difficile, en étant une lectrice compulsive, de ne pas être satisfaite par une telle oeuvre. En effet, le personnage principal, Margaret Lea est la fille d’un libraire qui possède un commerce de livres anciens et qui cherche des livres rares pour des bibliophiles. Margaret baigne donc dans un univers littéraire depuis toute petite, elle lit toute la journée et surtout, elle est une grande amatrice de la littérature du XIXe siècle (autant vous dire que j’étais aux anges !). Parallèlement, elle a écrit quelques essais biographiques – dont un important sur les frères Goncourt. Margaret est intelligente, cultivée, passionnée – elle connaît par coeur Jane Eyre, ça mérite d’être souligné ! – et pourtant on sent bien que quelque chose cloche chez elle. Cette voracité livresque… Sa mère qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Il manque quelque chose, une part d’elle-même. Sa vie est entourée d’un secret qu’elle nous dévoile, au fil des pages, par bribes de souvenirs, l’ayant découvert seule. Cela explique sa solitude, sa tristesse, ainsi que l’éloignement entre les membres de sa famille.

L’intrigue démarre dès les premières pages : Margaret reçoit une lettre de Miss Winter, célèbre écrivaine anglaise, lui demandant de devenir sa biographe. Margaret ne sait que faire : elle a pour habitude d’être la biographie de personnes décédées, célébrités de l’Histoire ; or Miss Winter est une écrivaine actuelle, contemporaine et Margaret n’aurait pas affaire aux archives, mais son travail serait caractérisé par des entretiens avec l’auteure elle-même… Pourtant elle ne cesse de repenser à cette lettre et finit par accepter la proposition de l’auteure. Ainsi elle se rend dans la propriété de l’auteure dans le Yorkshire où elle découvre tout ce qui a marqué les romans qu’elle a adoré Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent, les oeuvres de Dickens… Les paysages désolés avec si peu d’habitants, et la maison the Miss Winter : sombre, isolée, véritable labyrinthe dans lequel elle se perd et où elle se sent si peu la bienvenue. Même dans la chambre qui lui est réservée.

C’est le début de la narration par Miss Winter, d’une histoire incroyablement horrible.

Si l’on s’attache à Margaret, ce personnage auquel il est si facile de s’identifier, j’ai beaucoup apprécié découvrir Miss Winter ; un personnage qu’il est difficile de cerner, mais dont le mystère qui l’entoure ne fait qu’acérer notre intérêt et dont on a très envie de découvrir toujours un peu plus l’histoire. Diane Setterfield établit un arbre généalogique compliqué où les histoires de famille sont noires, douloureuses, étranges, dérangeantes. Ça nous emporte dans un autre temps.

En effet, on ne sait jamais avec précision à quelle époque se passe le récit. On se croirait au XIXe siècle, dans la vieille maison si bien décrite par Emily Brontë ou encore dans la noirceur the Thornfield avec ses couloirs sombres, cette décoration inquiétante ; mais aussi et surtout les fantômes. On est plongé dans une œuvre dignement héritière de cette littérature classique du XIXe aux allures gothiques, portée par une écriture poétique, avec un vocabulaire riche, des descriptions denses, une narration à la première personne du singulier qui implique le lecteur dans sa lecture, qui donne un sentiment d’intimité inquiétant. En tant que lecteur, on se sent perdu dans cette maison de Miss Winter où il est difficile de retrouver son chemin, où la chambre Margaret n’est guère un refuge, où la bibliothèque qui abrite tant d’œuvres devient le centre de réunion d’événements et de fantômes du passé. Un passé trouble où folie, meurtres, horreur, abandon ont été perpétrés et acceptés, où une famille s’est déchirée, victime d’une tare, où des destins se sont brisés dans le secret des murs de la maison familiale -désormais en ruines.

Le récit s’entrecoupe de retours à la réalité pour Margaret, de ses moments de rédaction après les entretiens avec Miss Winter, des rares fois où elle retourne chez elle, de cette angoisse des fantômes qu’elle pense apercevoir, de ses escapades dans le jardin et dans la maison et enfin de sa propre compréhension de l’histoire. Sa tentative d’en démêler, dans toute cette intrigue, le vrai du faux et peu à peu, écartant les fausses pistes, de révéler la vérité sur la vie de Miss Winter au lecteur.

Il est d’autant plus difficile pour Margaret d’écouter cette histoire qu’elle fait l’écho de la sienne, et au final bien plus que d’être sa biographe officielle, elle devient pour Miss Winter et pour tous ces fantômes, une amie ; peut-être la seule à la connaître vraiment au-delà de son œuvre littéraire dense mais vide de vérités.

“Je consultai l’ordonnance. D’une écriture vigoureuse, il avait inscrit : Sir Arthur Conan Doyle, Les Aventures de Sherlock Holmes. Prendre dix pages, deux fois par jour, jusqu’à épuisement du stock.”
Diane Setterfield, Le Treizième Conte.

Cette histoire, la vérité sur sa vie, c’est le 13e conte, celui qui donne le titre à un conte qui n’a jamais été écrit dans un recueil où il devait en figurer 13 et où seuls 12 furent rendus à l’éditeur, et dont l’anecdote devint un mythe autour de cette auteure mystérieuse.

Par sa complexité de ce livre, cela n’a pas manqué de me rappeler l’épopée initiatique, la quête de vérité de L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Záfon ; mais il s’inspire de bien d’autres œuvres et cette richesse d’influence en fait une oeuvre unique et incroyable. Un incontournable, à lire et à relire.

Il est difficile de résumer une telle oeuvre si l’on veut éviter d’être réducteur… Je dirais que Le treizième conte est un roman dense, hypnotisant, suffocante, terriblement psychologique ; où les fausses pistes s’emmêlent pour livrer un tout complexe incroyable et horriblement sombre. Des secrets de famille inavouables, des personnages forts auxquels on s’attache, et qui ont pourtant des destins terribles, des fins insoutenables. C’est un roman plein de révélations. Proche du Who dunnit?, mais aussi glaçant que Les hauts de Hurlevent. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai adoré et que j’en frissonne encore.

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2 commentaires sur “Le treizième conte de Diane Setterfield.

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