Littérature Anglophone

Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro.

 

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

Publié en 2005 en Angleterre, ce livre de Kazuo Ishiguro pourrait pourtant faire figure de classique de la littérature anglophone tant il est plébiscité, étudié et lu à travers le monde. Je le voyais partout et toujours cible de grandes éloges, en particulier sur tumblr ; après l’avoir trouvé d’occasion, j’ai pourtant attendu cet été pour le lire. En fait, je redoutais de pleurer, je savais que beaucoup avaient eu le coeur brisé avec le film de Mark Romanek, sorti en 2010 ; et je fais assez confiance à la littérature pour vous arracher trois fois plus le coeur. Néanmoins je ne regrette pas de m’être lancée dans l’aventure, c’est un livre dont on ne ressort pas indemne et il figure, comme vous pouvez le voir, dans les coups de coeur du blog.

Kazuo Ishiguro est un romancier britannique, né à Nagasaki au Japon, qui écrit dans sa langue d’adoption, il compte parmi les plus reconnus des auteurs de littérature contemporaine britannique. Auprès de moi toujours est son sixième roman. Il y explore, dans un univers qui rappelle les romans d’anticipation -tout en brisant quelques-unes des règles du genre, le fait de grandir, la peur de l’inconnu, l’importance d’être entouré et le caractère éphémère de nos vies. C’est une oeuvre profondément humaine, terriblement triste et écrite avec douceur, innocence et poésie.

Le roman est écrit à la première personne : Kathy H., la narratrice, est un personnage que l’on se plait à suivre. Elle exécute une rétrospection sur sa vie qui permet à l’auteur de distiller indices et pistes pour son univers au fil des pages, avec subtilité et horreur mêlées car la réalité n’a rien d’un conte pour enfant et si Kath se rappelle une enfance toute heureuse, ce à quoi elle a toujours été préparé n’a rien d’enviable. Ces enfants que nous découvrons au fil des confessions de Kath, se révèlent différents. Et cette marginalité sous-entend un destin terrible et qui n’a rien d’humain. Pourtant, cela reste inéluctable et il n’est pas permis d’aspirer à autre chose. Ainsi, tout en suivant cette petite fille grandir, nous avons nous lecteurs, la véritable destinée de tous ces enfants qui nous fait face à la sortie du tunnel et jusqu’au bout, on espère une alternative qui n’arrive pas.

Je me suis très attachée à Kath, évidemment. Pourtant, le personnage de Tommy m’a encore plus bouleversée. J’ai un truc pour les personnages différents, et Tommy a quelque chose de ce genre, on ne sait pas vraiment pourquoi puisque ces enfants sont si particuliers. Il m’a touchée, par sa sensibilité, sa manière de s’exprimer et sa loyauté envers Kath. J’ai aimé son innocence, son engagement et sa différence. Et toute sa vie est horrible, bien sûr…

L’écriture est incroyable, tellement douce et subtile. L’auteur nous distille ses petites informations enveloppées dans le doux cocon de l’enfance et de l’innocence. Il crée une narratrice que le lecteur confond avec lui-même et Ishiguro manie la première personne avec habileté et efficacité, donnant un réalisme bluffant à son oeuvre et impliquant d’autant plus sentimentalement son lecteur. Rien que pour cela, ce livre mérite de se voir décerner le titre de classique.

On referme le livre en ayant pris une claque. D’abord, on est carrément oppressés parce que bon sang envisager que cela pourrait exister est tout simplement terrifiant -et au fond, cela existe en quelque sorte dans certains pays de manière tout à fait sauvage. Mais c’est surtout que la seule lueur d’espoir d’un peut-être qui intervient vers la fin… est très vite soufflée également. Du genre non, vraiment, interdiction au bonheur d’entrer ici. Un roman pessimiste… Non, puisque la vie nous condamne de toute manière. Il pousse juste à se rappeler ce qui est important et combien nous avons peu de temps pour chérir cela justement. C’est une lecture qui rend humble. J’ai tendance à croire que plus un roman me brise le coeur plus je l’aime, mais je crois que c’est la vérité.

À noter qu’il n’y a pas d’action, que c’est un roman que l’on lit différement. Peu de romans m’emportent au point de me faire oublier où je suis et ce fut le cas de Jane Eyre et de celui-ci. Plongée à Hailsham, j’avais l’impression de me retrouver dans l’école de Lowood, en pire. J’ai adoré ce sentiment, d’être ailleurs, et surtout de vouloir retourner m’y réfugier, dès que je posais à peine le livre. D’ailleurs, il est très court, à peine 400 pages ; mais cela n’empêche pas de couvrir la vie des personnages et de donner de quoi se sentir comblé au lecteur.

Je refuse de voir le film car j’adore l’innocence qui caractérise l’oeuvre d’Ishiguro, et elle tient aux mots de celui-ci, à la narration de cette petite Kath. C’est comme un trésor fragile trop facilement altérable et je veux garder cette impression. Auprès de moi toujours est un livre que je relirai jusqu’à voir mon édition tomber en lambeau parce qu’il le mérite, parce qu’il est magnifique. J’ai hâte de lire Les vestiges du jour de l’auteur, qui m’attend sagement dans ma pile à lire et qui, par ailleurs, a lui aussi été adapté.

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Un commentaire sur “Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro.

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