Littérature Anglophone

Home de Toni Morrison.

J’ai dû lire ce livre pour mon cours de littérature en LLCE Anglais. Toni Morrison est au programme de plusieurs de mes cours, avec différents titres (Jazz, A Mercy…) puisque nous traitons de l’Amérique Coloniale. Je la connaissais, j’ai Beloved dans ma pile à lire, et surtout je l’ai étudié en cours, puisqu’en 1993, l’auteur a reçu le Prix Nobel de Littérature. Je redoutais un peu de lire ses romans, tout comme pour La couleur des sentiments qui poireaute toujours dans ma pile à lire, je redoute le roman larmoyant, terrible et cru qui me transformera en fontaines. Cependant, j’ai fini Home et je lis présentement A Mercy, et c’est un véritable régal.

Sorti à la rentrée littéraire 2012, Home nous plonge dans les années 50 aux États-Unis, où la ségrégation est une réalité, les lois Jim Crow et la guerre de Corée. Le roman, à peine plus long qu’une nouvelle, s’ouvre sur le personnage de Franck, jeune vétéran noir de la Guerre de Corée, hospitalisé par la police, incapable de se rappeler le motif de son arrestation et essayant d’éviter de nouvelles injections de morphine. Il n’est pas revenu indemne de la guerre, il souffre d’un stress post-traumatique, mais à cette époque, on le prend juste pour un fou et un docteur le démobilise pour cette raison. Ses amis, partis au combat avec lui, sont morts de la peste. Franck a un but : rejoindre et sauver sa soeur, en Géorgie, où, d’après une lettre signée d’une certaine Sarah, elle se mourrait.

Nous suivons Franck dans son périple jusqu’à sa soeur, entre rencontres humanistes (le révérend Locke et sa femme qui le recueillent lorsqu’il s’enfuit de l’hôpital), découverte des États-Unis racistes : la police, suprématie blanche, qui tire, blesse, emprisonne les noirs sans raison (tiens, pas très différent d’aujourd’hui après tout) ; les clans cagoulés (le Ku Klux Klan, même si jamais explicitement mentionné) qui chassèrent la famille de Franck quand il était tout petit (ainsi que 13 autres familles), parce qu’ils étaient noirs, les obligeant à gagner Lotus, Géorgie, l’enfer sur Terre pour la famille Money qui, ironiquement, n’en a pas du tout (money signifie argent en anglais). Là-bas, Franck a découvert la cruauté de ses grands-parents, l’enfer de la pauvreté, d’être redevable constamment. Le besoin de protéger sa soeur, Ycidra, dite Cee, sa raison de vivre. S’il y retourne, c’est uniquement pour elle, et l’on découvre tout au long du roman, grâce à des souvenirs, qu’elle est la seule relation qui ait jamais tenu. Ses amis sont morts, sa petite-amie le méprise, il a perdu ses jobs à cause des séquelles de la guerre. Il y a un fort sentiment d’isolement, de solitude, de culpabilité ; cela apparait plus explicitement dans les passages en italique où Franck fait une sorte d’introspection, revient sur ses pensées, corrige le narrateur.

On découvre la vie de sa soeur, parallèlement, trop naïve, qui a besoin d’argent, que l’on a trop souvent laissé tomber. Elle commence à travailler pour un docteur, sans savoir que sa vie en sera sévèrement menacé. Rien est épargné, Toni Morrison va au bout des choses et si Cee ne perd pas entièrement son identité, du moins perd-elle son innocence et une part de sa féminité. Il faut aussi se souvenir que pour les blancs, à cette époque, un noir n’avait pas d’âme… et les femmes, rien n’était moins sûr, alors une femme noire… Le tout, en lecteur moderne donne envie d’hurler, de pleurer.

J’ai aimé cette fin, tellement. Elle respire l’humilité. Les deux frères et soeurs ne recherchent pas le bonheur absolu, ils ne croient pas en un avenir meilleur, ce qui est important c’est survivre, ensemble. Ils n’en sortent que plus héroïques à mes yeux, et en cela émerge l’espoir, enfin.

Si j’ai tant accroché à Home, enfin, c’est pour son auteur. toni Morrison ne fait semblant d’écrire, ça vous prend à l’estomac et dans une envolée lyrique et humaniste, vous vous retrouvez des années en arrière, bercés par la chaleur insoutenable des chants de cotons, la haine ambiante et le désespoir. Le tout embelli par une lecture en VO qui fut vraiment accessible et poétique.

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2 commentaires sur “Home de Toni Morrison.

  1. Toni Morrison est une auteure qui, à mon impression, ne fait pas souvent l'objet d'articles de blogs littéraires. C'est dommage, car comme tu le dis, tous ses romans sont écrits avec les tripes, et elle semble toujours fidèle à elle-même et ses idées. Vraiment une grande dame =)

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  2. Beaucoup de blogs chroniquent les dernières parutions, se concentrent sur les SP et les sorties à venir et renonçant au fonds littéraire dont on dispose. C'est une manière d'avoir toujours plus de lecteurs, mais on passe à côté d'oeuvres fondatrices… Il faut donc fouiller et chercher ceux qui lisent des « oeuvres oubliées » c'est aussi ça, la magie des blogs. 🙂 C'est vraiment l'écriture de l'auteure qui nous fait accrocher, c'est sûr, c'est encore plus présent dans A mercy (que je suis en train de lire). Il faut aussi que je lise Beloved et Jazz. Qu'est-ce que tu as lu d'elle ? 🙂

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