Jeunesse

Eleanor & Park de Rainbow Rowell.

Après Fangirl, que j’avais beaucoup aimé, je m’étais dit que je ne relirais rien de l’auteure, parce que j’avais plus accroché au fait que l’héroïne écrivait des fanfictions, avait des crises d’angoisses… enfin était une ado normale, quoi, qu’à l’écriture de l’auteure. Du coup, j’en gardais un peu une impression de livre-doudou, ceux qui font du bien quand on a le moral dans les chaussettes. Et avec le stress de la rentrée (le 14 septembre pour moi), j’ai eu besoin d’autres lectures du genre, et la semaine précédant la date fatale ahah, j’ai lu Attachements et Eleanor & Park, et c’est de ce dernier à propos duquel je viens vous parler aujourd’hui.

1986, Omaha, Nebraska, États-Unis. Eleanor est rousse, s’habille bizarrement, attire tous les regards et les moqueries dans son nouveau lycée. Elle a une situation familiale compliqué avec un beau-père violent et mesquin, une mère soumise et une belle garnison de frères et soeurs qu’elle tente de protéger. Dur d’être assidu en classe, avec de telles conditions, d’ailleurs au lycée, c’est l’enfer pour elle, le bus aussi. Mais peu à peu, elle apprend à connaître Park, un garçon aux origines asiatiques, relativement populaire dans le lycée et il se trouve qu’ils ont quelques points communs en matière de musique et de lectures.

Je ne voulais pas lire ce livre, vraiment, je ne voulais pas lire l’histoire d’une fille obsède et bizarre, dont on se moque et dont un garçon qui en tomberait amoureux ferait changer tout ça… Je me disais que ce serait cliché, mal écrit et que ça serait un peu trop proche de moi. Pourtant, j’ai commencé les premières pages, j’ai été surprise par les premières réactions -puériles- de Park, puis leur échange de comics dans le bus, l’intervention, plus tardive, de leurs goûts musicaux… Et le côté, je suis une geek de culture m’a permis d’accrocher.

Je ne peux pas m’empêcher d’aimer Park, pas parce qu’il est le seul qui a su voir en Eleanor une étincelle, une flamme originale ; mais parce que c’est un personnage réaliste, au début il ressent de la honte à l’idée de la côtoyer, d’affirmer l’apprécier, de la présenter à ses parents. Ce qui n’empêche pas ses sentiments, mais il est complexe et imparfait, il commet des erreurs, comme Levi dans Fangirl, comme tout le monde dans la vie.

Le manque d’instinct maternel de la mère des jumelles dans Fangirl touchait déjà à un sujet grave et mature dans une oeuvre à destination d’un public jeunesse ; mais ici, l’auteure va encore plus loin en abordant la question de la violence au sein même d’une famille, illustrée ici par le personnage du beau-père… Et puis viennent les petits indices distillés, qui mènent à une révélation finale qui, pas tant par la surprise que par l’audace de l’auteure d’évoquer dans un ouvrage jeunesse la question de la sexualité malintentionnée d’un adulte envers un enfant, en font un roman poignant, réaliste, qui nous met en face des problèmes et surtout, dans le cas d’Eleanor l’absence de réaction des services sociaux, les actes de la mère pour empêcher le beau-père d’être interrogé sur ses manières… L’enfer qui continue, parce qu’il semble falloir s’y habituer, parce que remettre en question la situation ne semble pas normal. Et des enfants qui doivent se construire malgré la peur, les cauchemars, les pipi au lit… malgré tout. Même si le ton reste léger, même si l’oeuvre est une romance adolescente, même si l’on sait que la fin sera plutôt positive… L’auteure va au bout des choses, et cela distingue le roman des autres productions jeunesses. Je l’ai trouvé mature dans sa démarche, il demeure innocent tout en faisant passer un message fort.

La douceur, la passion de Park viennent contrebalancer l’atmosphère malsaine, les non-dits et le manque d’espoir. Un peu comme écouter une musique, regarder un film et mettre en pause, oublier et enfermer les problèmes… Le temps d’un trajet en bus. D’autant qu’ils sont à l’âge de l’éveil des corps, la découverte physique d’autrui, les premières envies et ronde ou pas (qui se pose encore la question au XXIe siècle ?!!), Eleanor demeure une femme, peut-être plus belle encore avec son caractère de battante et son originalité.

Ce roman se conclut sur une fin relativement ouverte, qui permet de de ne pas tomber dans le roman-romance-bisounours. Eleanor est contrainte de fuir, de tout recommencer, loin, de s’éloigner de son amoureux et son seul ami, de ses frères et soeurs… Mais c’est aussi, le moyen de repartir à zéro, une lueur d’espoir.

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