Littérature Anglophone

Mansfield Park de Jane Austen.

 

J’avais quelques réticences à découvrir ce livre. On m’en avait parlé en en soulignant la grande vertu des personnages, répondant à une éthique irréprochable, un rapprochement avec la religion et l’acceptation du marriage arrangé… Les critiques l’identifient comme étant l’oeuvre de maturité de Jane Austen, alors âgée de 39 ans lorsqu’il paraît pour la première fois en Angleterre en 1814. Au final, même si cela n’est pas le cas de tout le monde, j’ai adoré ce livre.

Jane Austen n’aborde pas l’actualité dans ses romans : n’y sont pas fait mention de la loi sur l’abolition du commerce triangulaire (1807), de la situation des colonies Anglais aux USA… L’héroïne pose des questions sur le sujet, mais seul le silence lui répond, nous empêchant de connaître l’opinion de l’auteure sur le sujet (ce que certains interprètent toutefois comme du consentement). Avec ses romans, on est totalement plongé dans une bulle et elle y aborde des sujets qui lui sont plus proches : la condition de la femme (elle finira sa vie célibataire elle-même), la pauvreté (sa mère, sa soeur et elle, vivaient sur bien peu de revenus après le décès des figures masculines de sa famille et ce ne fut pas toujours facile).

Trois soeurs se disputent à propos du mariage de l’une, Mrs Price, avec un lieutenant de la marine. Rejetée par sa famille, Mrs Price fondera la sienne et aura 9 enfants. Tout n’est pas au rose pour elle et un jour, dix ans plus tard, elle adresse une lettre à ses soeurs afin qu’elles lui viennent en aide. Mrs Norris et Mrs Bertram décident de prendre sous leur aile une des filles de Mrs Price, Fanny, dix ans. Elles souhaitent l’élever dans la « bonne société anglaise » afin de lui donner des chances de se marier avantageusement –et par la même occasion d’alléger leur conscience. Fanny va donc vivre à Mansfield Park « pour son bien ». En vérité, méprisée, moquée, asservie, elle n’y trouvera que l’enfer et l’hypocrisie de la hiérarchie sociale anglaise.

Je suis plutôt d’accord avec ceux qui remarquent une distinction entre les autres romans de Jane Austen et celui-ci. Il y a effectivement l’empreinte d’une certaine maturité dans le roman, ce qui est compréhensible, l’auteure atteignant ses 40 ans et ayant déjà couchées nombreuses de ses rebellions sur le papier par l’intermédiaire de son personnage Elizabeth Bennet. Ce qui m’a paru être la différence la plus importante dans le roman se manifestait au niveau du ton de celui-ci. Le personnage principal et narrateur, Fanny Price, est tout juste âgée de 10 ans au début de l’histoire. Elle est extrêmement timide et réservée. On peut également dire qu’elle a subi un traumatisme, puisqu’elle a été arrachée tout à fait brutalement à sa famille pour être élevée par des tantes qui ne cesse de lui rappeler ce qu’elle leur doit et combien elles sont vertueuses d’accomplir un tel sacrifice (oui, j’ai eu envie d’arracher les pages du livre en me figurant qu’elles étaient la tête des deux tantes). Elizabeth Bennet n’avait pas sa langue dans sa poche pour répondre à ses détracteur(trice)s… Mais Fanny doit vivre avec eux au quotidien, elle est donc contrainte à faire profil bas. Mrs Norris était une horreur, une abomination, tout ce qui sortait de sa bouche n’étaient qu’insultes déguisées et c’est le personnage le plus insipide qui soit. Mr Bertram, le mari de la tante de Fanny, a qui appartient Mansfield Park, a adressé les plus horribles paroles à Fanny… Comment peut-on parler ainsi à un enfant ? Tout cela pour dire que, lorsque Jane Austen veut décrédibiliser la noblesse anglaise et son hypocrisie, elle y réussit à merveille !

Sur de nombreux points, Mansfield Park m’a rappelé Jane Eyre ; de plus, il n’y a que 33 ans d’écart entre les deux publications, peut-être Charlotte Brontë a-t-elle lu (elle qui était une très grande lectrice) ou entendu parler de ce roman. En effet, on suit Fanny dès ses 10 ans, âge auquel nous découvrons Jane au début du roman. De même que Fanny, Jane est confrontée à la réalité des classes sociales, elle est même contrainte de travailler, ce qui sera peut-être le cas des soeurs de Fanny, en tout cas ça l’est pour ses frères. Mrs Norris n’a pas manqué de me rappeler la détestable Mrs Reed. Et les filles de Mrs Bertram, les enfants de Mrs Reed également. Mais c’est peut-être mon obsession pour ce roman qui parle ici.

Comme beaucoup, j’ai trouvé la fin trop rapide, trop facile pour Edmund, devant lequel, une fois libéré de ses tourments amoureux, Fanny perd toute l’éthique qu’elle prône tout au long du roman. Mais au fond, j’étais pour… Edmund a toujours été l’unique personnage à la soutenir et à la faire se sentir humaine, importante et aimée. J’étais, si ce n’est satisfaite, du moins soulagée de voir Fanny avoir une fin heureuse à sa vie faite de souffrances.

Ce n’est ni l’intrigue, ni l’histoire d’amour qui ont fait que j’ai été conquise par ce roman ; mais le personnage de Fanny. Dans sa maturité et sa réserve, j’ai trouvé qu’il était plus facile de s’identifier à elle. Elizabeth a les atouts physiques et la force de caractère nécessaires pour affronter les médisances sur sa personne, mais dans la réalité, il serait difficile de ne pas ployer l’échine devant de telles réprimandes (je pense notamment à Lady Catherine) ; Fanny, elle, se comporte de manière plus réaliste. J’ai beaucoup aimé comment Edmund est utilisé par l’auteure pour mettre en avant l’intelligence, la curiosité et les capacités de Fanny. Sous-exploité, son esprit critique est tout de même existant et c’est un personnage qui finit par vivre à l’intérieur d’elle-même, ce que, en tant que lectrice et donc de rêveuse, je comprends tout à fait. Il est toujours agréable de découvrir des personnages dont les traits de caractères ne sont pas sans rappeler votre propre personnalité.

Je me questionnais sur le choix du titre et finalement, après lecture, je le trouve très étudié. Jane Austen signe un genre de huit-clos, même si le début de l’intrigue se caractérise par l’éloignement de Mrs Price ailleurs en Angleterre, la majeure partie du livre prend place à Mansfield Park, la propriété de Mr Bertram sans beaucoup d’exception ; malheurs et bonheur s’y conjugueront pour l’héroïne.

Au final, ce fut donc une très agréable lecture dans laquelle je regrette de ne pas m’être lancée plus tôt et j’ai hâte de me plonger à nouveau dans l’univers de l’auteure, dont il me reste à découvrir plusieurs textes encore : Persuasion, Emma, les correspondances et les nouvelles (Lady Susan) / oeuvres inachevées (Sandition) ou de jeunesse (Juvenilia).

 

Hello, international readers, you can now discover my review in English language:

 

I had some hesitation about reading this book. It was presented to me as the work of maturity of Jane Austen, I was told it was less funny and ironic, with characters who were less sassy. But I had just finished reading Northanger Abbey and I wanted to keep on discovering this author, so I read it anyway. I’m happy I overcome my hesitation because I really liked it.

Three sisters argued about marriages’ situations and as a result, Mrs Price is set appart from the family, who considers a mistake her marriage with a naval lieutenant. She has 9 children. The two other sisters decide, ten years after the argument, to take care of one of their niece to give her, at least, a chance to make a good marriage. Among the 9 children, the two sisters, Mrs Norris and Mrs Bertram, choose Fanny, who is only 10yo at the time. They bring her to Mrs Bertram’s property, Mansfield Park, where she will have her own room. But instead of being « rescued » as the two sisters think, the little girl is brought into a society which will do her no good.

I agree with those who say that Mansfield Park is different from the other novels by Jane Austen. There is a sense of maturity, which is understandable, since Jane Austen had already written two satirical novels and she was already 42yo (the novel was published in 1817, and she was born in 1775). The most important difference that I noticed was the tone. The main character, Fanny Price, is only 10yo when the story begins and so, she is really shy, and traumatized in some way, since she has been taken from her family to be brought up with her aunts who are both selfish and despicable women. Fanny has become withdrawn in order to protect herself. Elizabeth Bennet responded to her detractors and so their comments had no value; but Fanny has to keep a low profile since she has to live with them until she finds someone to marry, and so she suffers from them. Sir Thomas Bertram said the worst things to her, I was really angry at him! Being that mean to a little girl… I don’t even mention Mrs Norris, she was the worst.

I couldn’t help but found similarities between this novel and Jane Eyre, which was published only 33 years after this one. Firstly, we discover the two heroines at the same age and we follow them becoming adults. Secondly, the topics are similar and Jane is also taken away from her family (the reason is different though) and brought into a society ruled by social classes which makes her aunt ashamed to have to take care of her. Thirdly, Mrs Norris reminded me of Mrs Reed and Mrs Bertram’s daughters of Mrs Reed’s children. But, I confess being obsessed with Jane Eyre, so it might be just me.

I also agree with those who find the end a little abrupt. It seemed to me like all Fanny’s ethic falls appart when Edmund is set free from his love for another woman. I thought that it was too easy for Edmund. But he was also the one that always helped Fanny. He has always been the only one that made her feel human, smart, useful and loved. So, in some way, I was at least relieved for she had a happy ending to her story.

Nor the plot or the lovestory were the reason I enjoyed this book that much; what I loved about it was the main character and narrator, Fanny Price. I thought that it was a relatable character, being really shy and mature. Elizabeth is a pretty woman, she is a strong character and it allows her to stand out towards all the mean comments she receives ; but, in real life, we are not all like her and I wouldn’t be able to stand before Lady Catherine with such dignity as Elizabeth did. Fanny is a more realistic character. Also, I really liked how the author used Edmund’s character to show Fanny’s capacities, how smart she is and how, even if everybody thinks she is a simple-mind, she is witty and even more than her stupid and shallow cousins. In the end, she lives for herself, in the secret of her own mind, and it is something that I as a reader -and so a dreamer- can rely to.

I was wondering why did the author chose this title for her novel, but after I’ve read it, it seems pretty obvious and suitable. Some isolated references put appart, Mansfield Park is the center of the action, of the plot, where everything happens and where everything ends. It is where Fanny will suffer the greatest pain as well as the greatest joy (Edmund).

To conclude, I will say that it was a really good discovery and I can’t wait to enjoy the few novels that I haven’t read yet by Jane Austen.

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Un commentaire sur “Mansfield Park de Jane Austen.

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