Littérature Française·Partenariats

Mala vida de Marc Fernandez.

 

Je remercie Anaïs pour m’avoir permis de lire ce livre, qui m’intéressait tout particulièrement évoquant une époque de l’Histoire Espagnole ; c’était également le premier livre des éditions Préludes que je découvrais.

Petit clin d’oeil à la couverture, où mille et un indices se glissent : drapeau espagnol, poussette sombre qui semble vide… Un livre avec couverture à rabat, un papier de qualité, une police d’écriture aérée, confortable à la lecture. Une petite maison d’édition donc un prix certain de 13€60, un livre de 288 pages qui se lit extrêmement, voire trop vite. Un premier roman très réussi de Marc Fernandez, journaliste français.

Figurez-vous l’Espagne d’aujourd’hui. Aux élections, un parti extrémiste est à nouveau élu. L’Eglise dans les coulisses, les libertés de culte, de sexualité, d’expression… Oubliées. Repli identitaire, purge des corps de métiers… L’époque Franquiste si vite oubliée, si vite rétablie. Dans cet enfer, les articles de journaux sont des commandes de l’Etat. Pourtant, Diego Martin a échappé à cette épuration, il continue de diffuser son émission radio Ondes Confidentielles, à 23h30. Journaliste comme on n’en fait plus, il creuse sur les sujets qui dérangent, faisant grimper ses chiffres d’audience. Il fait fréquemment appel à deux amis. Ana, une réfugiée de la dictature Argentine, transexuelle, ex-prostituée reconvertie en détective privée férocement efficace ; ainsi qu’à un juge bien trop engagé au goût du pouvoir en place, David Ponce. Mais il y a également, Isabel Ferrer, avocate qui possède la double nationalité franco-espagnole et qui a quitté les grands cercles parisiens pour porter aux yeux de tous la sinistre réalité des « bébés volés ». En effet, sous Franco, de nombreuses familles dites « rouges » ou considérées contre le Franquisme se voyaient entendre que leurs enfants étaient morts-nés, quand ceux-ci étaient en fait vendus ou donnés à des familles considérées saines pour le pouvoir en place.

Mala Vida s’appuie sur une réalité historique, les bébés volés, une partie noire de la dictature franquiste qui n’a jamais été officiellement reconnue. Ici, avec un souci de recherches et de connaissances impressionnant, Marc Fernandez plonge au coeur d’un scandale glaçant. Le roman, porté par une écriture et une vision tout ce qu’il y a de plus réaliste nous donne des frissons. C’est qu’il faut avouer qu’on s’y croirait vraiment. C’est ce qui fait que la sauce prend, ce réalisme terrible. On suit Diego assister à cette montée sur le pouvoir d’un parti extrême, impuissant et dépassé et puis il y a cette explosion énorme que déclenche le personnage d’Isabel. Les témoignages, les confessions affluent, où est mon bébé ? Est-il mort ? Ai-je droit d’espérer ? La fiction est un refuge, mais cela prend une dimension toute différente lorsqu’elle s’appuie sur la réalité.

Les points de vue sont alternés, on suit pas à pas l’enquête se dérouler, les différents sujets évoluer. Et puis, il y a cette histoire du meurtre. Nous suivons la coupable et petit à petit, on commence à réaliser que l’on connait son identité et si dès lors, ses motivations sont prévisibles, le roman en reste tout autant prenant. Le suspens dure jusqu’à la toute fin puisque finalement, cette affaire n’a pas connu de véritable point final dans la réalité (le gouvernement espagnol en ayant fait un véritable tabou).

Les personnages sont excellents. Dans un roman policier, j’aime que ceux qui enquêtent ne fassent pas partie de la police, ça me rappelle L’affaire Pélican de John Grisham, que je suis d’ailleurs en train de relire. Mais ce que j’aime par dessus tout, c’est lorsqu’ils sont ronchons, quelque peu asociaux et bourreaux de travail. Un peu à la sauce Millénium, la romance en moins. Et c’est exactement le mélange que l’on retrouve ici entre Ana (personnage ô combien haut en couleurs !) et Diego. J’ai adoré son job à la radio, peut-être parce que je viens de découvrir Good Morning England de Richard Curtis.

Le personnage d’Ana est le plus abouti, créant un écho entre l’Espagne Franquiste et la dictature Argentine, montrant les bas-fonds, les faces cachées de ces deux enfers. Ce qui aurait détruit n’importe qui a forgé une femme (quoiqu’on en dise) forte, courageuse, compétente et terriblement déterminée. J’ai adoré son personnage mais il faut dire que les femmes, dans ce roman, ont autant de hargne que les hommes.

La plus grande force de ce roman, c’est bel et bien l’avertissement qu’il lance en plus de dénoncer un scandale non reconnu : Franco avait des admirateurs et ils n’ont pas disparu avec lui… Dans une époque où les voix nocives s’élèvent, il ne faut pas oublier que de tels pouvoirs ont une impact non pas uniquement sur « le retour à une identité plus marquée d’un pays », mais entraîne également une diminution des libertés : celles de s’exprimer, d’apprendre, de se renseigner… Et cela est d’autant plus terrifiant, qu’une telle situation arrange un peu trop de monde (magouilles politiques, extrémisme religieux).

J’ai trouvé que la fin manquait de cet effet de bombe à retardement que possède le roman, un peu prévisible et qui laisse un goût très amer dans la bouche. Pourtant, en cela, on sent le roman mâture : la vie et surtout cette sinistre réalité n’ont pas toujours la conclusion qu’on désirerait leur donner.

Marc Fernandez est un journaliste du Courrier International, chargé de toutes les actualités relatives au monde hispanique. Dans son écriture, j’ai senti l’espagnol à chaque mot, surtout dans les dialogues, cette proximité entre les gens, l’oralité dans l’écrit.

J’ai refermé ce roman en repensant à ma famille, qui a fui l’Espagne à la fin des années vingt pour échapper à toutes ces années d’horreur… Lorsqu’on lit certaines personnalités s’exprimer aujourd’hui, on réalise pourtant qu’on n’en est pas si loin. Dans de telles situations, lire et apprendre pour comprendre, lire et apprendre pour ne pas le reproduire n’a jamais autant eu d’importance.

Enfin, je lis toujours de nombreuses chroniques avant de faire la mienne et je vous conseille fortement celle-ci, instructive et très claire, elle donne vraiment envie de lire le livre.

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