Littérature Pakistanaise

Moi, Malala: je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans de Malala Yousafzai et Christina Lamb.

Malala

J’ai commencé une thérapie pour mon anxiété et j’ai passé un agréable week-end avec les amies que je me suis faites au D.U.T. d’Aix-en-Provence qui sont venues sur Montpellier (ça fait déjà deux ans que c’est fini !). Au final, le tout combiné m’a requinquée et j’ai soudainement senti ce poids en moins sur mes épaules, comme si m’ouvrir et parler de toutes ces angoisses et cette déprime était la bonne chose à faire pour pouvoir respirer à nouveau. J’ai attrapé un livre sans me forcer et j’ai ressenti cette soif de lire, cette soif insatiable (yep, mots insatiables tout ça, tout ça) qui me caractérisait mais qui s’était éteinte dernièrement comme je ne me sentais pas bien. Ce livre, c’était Sorceleur (The Witcher pour les amateurs du jeu) mais j’en parlerai dans un prochain avis qui regroupera mes pensées sur les trois premiers tomes (je lis présentement le second).

L’anxiété vient sous différentes formes pour chaque personne et personnellement, je suis une éponge, j’absorbe tout ce qui se passe autour de moi et ça m’affecte… Du coup, j’ai beaucoup de mal à lire de ouvrages non romanesques -ce qui ne veut pas dire qu’ils ne m’intéressent pas au contraire ; j’aime beaucoup les autobiographies mais ce sont quand même des lectures très éprouvantes parce que je ne peux pas me cacher derrière le fait que ce soit fictif lorsque je lis des choses terribles qui sont arrivées aux protagonistes. Pourtant, j’ai lu Malala. Ironiquement d’ailleurs, je l’ai commencé après avoir appris pour l’attentat de Manchester, mon père regarde ces chaînes d’informations en continu et c’est tellement anxiogène que je suis partie me réfugier dans ma chambre avec le seul pamphlet que contenait ma pile à lire. Je voulais écraser cette peur qu’essaient de nous insuffler des gens instables qui croient trouver une transcendance par le biais du meurtre.

Malala Yousafzai a co-écrit ce livre avec l’aide de Christiana Lamb mais je n’ai pas fait de recherches avant d’écrire mon avis sur quelle part d’implication cela pouvait consister. De même, la seule chose que je savais sur Malala était qu’elle avait été la cible d’une balle des Talibans et guère plus et encore moins sur la situation de son pays.

La première chose qui m’a frappée à son sujet… était le fait qu’elle n’a qu’une semaine de plus que mon frère, mon petit frère. Ça m’a fait beaucoup de mal de le découvrir car ça la rendait beaucoup plus fragile à mes yeux, beaucoup plus réelle finalement -dans le sens où on lit un témoignage et on peut vite oublier que ce sont-là des faits réels.

On la suit dans son enthousiasme débordant, combien elle chérit son cartable, ses cahiers, sa place de meilleure élève et surtout ses livres. On ne pense pas pouvoir s’identifier à quelqu’un qui a une telle vie (manque d’hygiène, de confort, de droits tout simplement) et pourtant sa personnalité, si passionnée à propos de ses études, je pouvais totalement me retrouver en elle. Elle a soif d’apprendre et elle s’en retrouve privée à cause de son genre ; j’avais l’impression de lire une Jane Eyre orientale, derrière sa fenêtre à souhaiter être née garçon dans un XIXe siècle Anglais oppressif envers les femmes…

La différence se révèle néanmoins quand on découvre la situation de son pays, l’Histoire de cette ex-colonie anglaise, abandonnée, mutilée par une séparation arbitraire qui mena à des combats sanglants car un peuple n’est pas divisible et que ceux qui exécutèrent cette création du Pakistan étaient bien au chaud chez eux, indifférents, en Angleterre. La clef du succès pourtant, c’est que personne n’a bougé, tout le monde avait mieux à faire. J’ai beaucoup apprécié les rappels historiques car ce n’est pas une période/une partie du monde sur lesquelles le secondaire Français se concentre beaucoup. L’implication des Etats-Unis, la corruption du gouvernement Pakistanais, le processus sournois et progressif de gens opportunistes à manipuler les jeunes garçons par le biais de la religion. La condition de la femme n’est pas ce qui m’a le plus choquée, venant d’une famille Catholique, ceux-ci n’ont rien à envier à la branche radicale contre les Droits des Femmes que connait l’Islam contemporain.

En vérité, c’est la réaction des gens qui m’a choquée, combien il fût facile de les manipuler, de les faire adhérer à de tels idéaux volontairement. On a l’impression de lire un second La Peste de Camus. Comment facilement ils renoncèrent, ils acceptèrent de retirer tout droit à tout un Genre, à leur propre mère, leur propre soeur, leur propre fille, leur propre femme. Les Talibans recourraient à la peur et à des bombes, ça motive, certes mais comment peut-on supporter de vivre « en paix » (une fois qu’ils sont établis -grâce à la charia) en ayant sur la conscience que les droits de toute une part de la population lui ont été retirée précisément ? Que tous les espoirs d’un avenir pour toutes ces personnes de sexes féminins ont été sacrifié ? Comment peut-on supporter la corruption voire la collaboration de son gouvernement si indifféremment ? Est-ce que c’est juste mon sang de révolutionnaire française qui parle ? Je n’arrive pas à comprendre l’idée de la résignation, d’accepter voire de cautionner le fait que l’un ait plus de droit que l’autre. De ne pas se dire que ce que demandaient ces oppresseurs opportunistes (car chez ces gens, la religion n’est qu’un moyen pour contrôler, pas une conviction personnelle -ironique quand on sait que Taliban signifie étudiant en théologie) n’était pas trop en demander ; quel monstre faut-il être pour ne pas s’en rendre compte ?

C’est pourquoi j’ai adoré son père : c’est assurément l’homme le plus courageux dont j’ai pu lire le combat. Il n’oublie jamais d’où il vient, ce petit garçon qui bégayait et qui est devenu un orateur grâce à l’éducation et les livres, qui y a trouvé un refuge, de la tolérance et de la chaleur quand il faisait face à un père distant et avare. Le père de Malala, un des seuls hommes à être connu pour être le père d’une fille, une phrase qu’il déclare avec fierté dans un univers où la propre mère de Malala est déçue que ce soit une fille… Un homme, également, qui reconnait que sa famille mérite d’être choyée et aimée et non servir de servants à leurs parents.

Jusqu’à ce qu’elle se retrouve transférée en urgence à l’hôpital de Birmingham, j’ai réussi à ne pas pleurer. L’imaginer là-bas, si jeune, si blessée et seule m’a brisée le coeur. Pourtant, elle était TELLEMENT TELLEMENT forte. Elle s’inquiétait pour son père, pour l’argent (la sécurité sociale n’existe pas partout) et puis, elle a remercié son Dieu de l’avoir gardée en vie pour continuer son combat contre les mêmes qui venaient de lui tirer une balle dans la tête. Je ne sais même pas comment expliquer la fierté qu’on ressent pour elle. Je ne comprends la religion, vraiment, c’est un truc qui m’échappe mais dans ce livre, la force que Malala puise en sa foi est à couper le souffle.

J’ai donc lu ce livre en français et je ne sais pas si c’est le travail de traduction de Michel Laporte ou le texte original qui en est caractérisé mais l’écriture m’a parue poétique et vraiment maîtrisée, les descriptions des paysages du Swat étaient nostalgiques et envoûtantes. Le vocabulaire était riche mais le livre se lisait vraiment tout seul. La seule chose étant que quelques notes de bas de page avec des introductions à certaines figures célèbres évoquées dans le livre m’auraient aidée ; peut-être est-ce simplement le format pocher qui en nécessitait l’économie.

Néanmoins, le livre s’achève sur une note plus triste. Malala évoque sa vallée, son amour pour elle alors qu’elle se doute qu’elle ne sera sûrement jamais en mesure d’y retourner pour sa sécurité. Pourtant, sa cause en vaut la peine, même si pour cela s’exiler est nécessaire… et je lui souhaite tout le courage du monde.

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Un commentaire sur “Moi, Malala: je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans de Malala Yousafzai et Christina Lamb.

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