Littérature Indienne

Le jeûne et le festin d’Anita Desai.

 

Je suis assidue sur Goodreads et depuis cette année, je m’astreins à l’être également sur Livraddict ; ainsi, je réalise à quel point je lisais toujours des auteurs de même nationalité (Nord-Américaine). Or, en littérature Anglophone, dans le cadre de mon D.U.T., nous avions évoqué Anita Desai, auteure et professeur dans le Massachussets. Elle s’inscrit dans la littérature Post-coloniale : elle écrit en anglais pour donner une voix aux minorités : ici la condition des femmes en Inde, un thème récurrent dans ses écrits. Ce n’est pas une lecture dont on ressort indemne, mais c’est un de ces livres qu’il faut avoir lu !

L’époque est indéfinie, l’auteure joue sur le flou pour donner une empreinte universelle à son propos. On suit Uma, une jeune fille d’une famille indienne de petite bourgeoisie, pas assez brillante pour réussir à l’école, pas assez belle pour recevoir des demandes en mariage. Lorsque sa mère tombe à nouveau enceinte et qu’il s’agit d’un garçon, Uma n’a plus le droit d’aller à l’école, son rôle est de s’occuper de l’enfant désormais.

Le jeûne et le festin, c’est l’histoire d’un renoncement à soi. Une société où une fille/femme n’a pas d’individualité, elle vit pour ses parents, son frère, son oncle ou son mari. Ici, Uma doit renoncer à son envie d’apprendre, à tous ses rêves pour s’occuper d’un enfant à la place de sa mère, trop occupée à rester auprès du père, assis sur la balancelle dans la chaleur étouffante de l’Inde rurale. C’est à peine si elle a droit d’aller dans sa chambre, en bonne servante. De l’esclavage familial, ni plus ni moins.

L’écriture d’Anita Desai est douce, empreinte de pudeur, par moment impersonnelle. Cela accentue l’indifférence, l’acceptation générale de cette détresse qu’est la condition de la femme sans rendre le tout larmoyant. Dans les faits, elle n’épargne cependant pas le lecteur : preuve en est le crime d’honneur commis sur la cousine (immolée par sa belle-famille pour marier leur fils à une partie plus avantageuse).

L’oeuvre se distingue par une seconde partie délocalisée avec une ellipse : le frère pour lequel Uma s’est sacrifiée a bien grandi. C’est un jeune homme et il a le devoir d’étudier parmi les meilleurs, il est autorisé à se rendre dans le Massachussets (États-Unis), où une famille connaissance de son père, l’héberge. Le lecteur découvre alors que ce pays n’est en rien plus idyllique que l’Inde. Il n’y a pas de grande différence entre Uma et la mère de famille américaine ; et les autres membres de la famille sont tous plus ou moins des fantômes déboussolés. On découvre parallèlement que pour Uma, rien ne s’arrange, on ne lui retire pas ses chaînes bien au contraire : sa brève escapade spirituelle avec sa tante, qui lui fait découvrir l’horizon est bien vite écourtée par ses parents empressés d’avoir à nouveau à leur disposition leur servante naturelle.

C’est un roman difficile à lire, on a envie d’hurler, de tuer chaque personnage… Le tout est d’autant plus horrible que l’auteure donne à son récit un réalisme si puissant que l’on a l’impression de lire une oeuvre témoignage plus qu’une oeuvre de fiction. On ne s’attache pas aux personnages parce qu’on cherche leur humanité, si reniée qu’on la croit inexistante. On continue à lire pourtant, malgré l’horreur, malgré tout. Je crois que beaucoup gagneraient à lire ce livre, à se sensibiliser à une telle réalité.

Je vous recommande cette chronique, presque une dissertation sur le livre, très bien écrite et qui porte à réfléchir.

Publicités

2 commentaires sur “Le jeûne et le festin d’Anita Desai.

Je suis une grande bavarde, si vous aimez papoter aussi, dîtes-moi ce que en avez pensé de votre côté, par ici !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s